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Le nouveau gouvernement Castex a annoncé une de ses premières mesures sécuritaires à la lutte contre les drogues : la généralisation de l'amende forfaitaire à 200 euros pour les usagers. Cette mesure qui figurait dans le programme présidentiel d'Emmanuel Macron avait été largement critiquée, notamment par l'ANPAA pour son incohérence et sa très probable inefficacité, lors des auditions au Parlement. Ces auditions se sont avérées être une consultation de façade puisque le projet présidentiel est resté identique.

 

La mise en œuvre se révèle tout aussi surprenante :

  • Alors qu'une expérimentation était en cours depuis peu à Marseille, Lille, Reims, Rennes et Créteil, le premier ministre a décidé la généralisation à l'ensemble du territoire national sans attendre l'évaluation de cette expérimentation, dont nous ne connaitrons jamais les résultats ni les modalités de cadrage local ;
  • L'amende forfaitaire a pour objectif initial d'alléger la charge de travail des policiers et gendarmes, alors que Jean Castex annonce une intensification des contrôles ;
  • Le premier Ministre considère que l'efficacité de cette politique dépend de la certitude de la sanction pour les contrevenants. Or aujourd'hui, les contrôles ne concernent qu'une faible proportion des consommateurs (175 000 selon l'OFDT en 2016) alors que les consommateurs réguliers sont estimés à 1,2 millions sans parler des consommateurs occasionnels (près de 5 millions). On voit mal comment la certitude de la sanction pourrait se concrétiser sans une mobilisation considérable des forces de police alors que l'objectif est d'alléger leur charge de travail en ce domaine ;
  • Il présente cette mesure comme un moyen de lutter contre l'insécurité alors que la prohibition est à la racine de l'économie souterraine et de l'enrichissement des réseaux mafieux ;
  • Une politique exclusivement répressive alors que le contexte et tous les discours justifient un effort accru de prévention.

 

L'incohérence de la mesure signe son très probable échec, et c'est bien pourquoi le premier ministre s'est bien gardé de fixer des objectifs chiffrés.  Mais c'est surtout la philosophie politique de la mesure qui parait de plus en plus anachronique. Alors que le constat de l'échec de la guerre à la drogue fait désormais consensus, que nous avons la politique la plus répressive d'Europe et que se multiplient les appels à dépénaliser l'usage de stupéfiants et réformer la politique des drogues, le gouvernement persiste dans une logique qui a démontré son absurdité.

 

Traiter le problème de manière cohérente supposerait un courage politique qui aborderait les drogues de manière universelle, en particulier pour les plus consommées qu'elles soient légales (tabac, alcool) ou illégales (cannabis). Seule une légalisation encadrée du cannabis peut permettre une prévention cohérente, et un assèchement des réseaux mafieux qui en vivent et qui enferment des cités dans des ghettos de pauvreté. Ce courage pourrait trouver des arguments dans un grand débat citoyen sur le modèle de la convention pour le climat.

 

Mais le nouveau gouvernement démontre que l'heure n'est pas à l'ambition, ni au débat transparent sur des sujets difficiles, pas plus qu'à la recherche de solutions efficaces à un problème sociétal chronique. C'est pourquoi il faudra se contenter jusqu'aux présidentielles de postures et de coups de menton.

 

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