Vous êtes sur :

 

626 19426956 webLe lien entre consommation d’alcool et violence étant parfaitement démontré et incontesté, l’augmentation des violences intrafamiliales pendant le confinement a suscité à la fois une mobilisation gouvernementale bienvenue, et des décisions locales inadaptées voire surprenantes. Au début de la crise, le préfet de l’Aisne avait envisagé d’interdire toute vente d’alcool avant d’y renoncer, comprenant que le risque immédiat et vital du sevrage pour les personnes dépendantes n’avait pas été pris en compte.

 

Le préfet du Morbihan vient de prendre une décision plus surprenante en interdisant la vente uniquement pour les spiritueux. Cette décision baroque est assez incompréhensible. Par cette décision, le préfet suppose que les violences sont uniquement (ou principalement) dues à la consommation de spiritueux (whisky, vodka, apéritifs anisés…). En réalité, rien ne démontre cette hypothèse, et rien n’interdira aux buveurs de spiritueux de passer au vin ou à la bière avec les mêmes effets.

 

 

Il est indispensable de rappeler que la consommation d’alcool est faite à 60% de vin et est probablement à l’origine des violences dans les mêmes proportions, d’autant que les ventes de spiritueux ont baissé depuis le confinement[1]. Par ailleurs, nous savons que ce n’est pas le type de boisson alcoolique qui compte mais la quantité d’alcool consommée, car un demi de bière, un verre de vin ou une dose de whisky contiennent la même quantité d’alcool pur et provoquent les mêmes effets.

 

Il serait intéressant de savoir si le préfet a prévu une évaluation de sa mesure. Car on ne peut s’empêcher de penser que cette décision, sans fondement scientifique, est en fait davantage dictée par le sens de la communication que par la recherche d’efficacité. Il aurait pu en revanche interdire la livraison de boissons alcooliques à domicile, plus efficace pour freiner la consommation.

 

Le préfet, avant d’agir, aurait été bien inspiré de consulter les acteurs locaux de l’addictologie, les associations de lutte contre les violences et les mouvements d’entraide. Il est encore temps, car la lutte contre le risque alcool et contre les violences envers les femmes ou intrafamiliales méritent un engagement déterminé et cohérent.

 

Seul enseignement positif : on peut espérer que ce lien entre alcool et survenue de violence ne sera pas oublié par les préfets par exemple lorsqu’il sera nécessaire de prévenir la violence autour des manifestations sportives. Mais cela demandera plus de courage que l’affichage de décisions spectaculaires et pourtant inefficaces.

 

------------------------------------------------------------------------------

[1] https://www.huffingtonpost.fr/entry/confinement-ventes-alcool_fr_5e7db953c5b6cb9dc19df407

 

 

Contact :
Myriam Savy
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Tél : 06 43 77 75 70