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BIBA LELOUTRE

 

 

L’usage de la téléconsultation s’est considérablement développé au sein des centres en addictologie de l’ANPAA durant la période du confinement. Cette solution était le meilleur moyen de poursuivre la prise en charge des personnes accompagnées tout en assurant la sécurité des professionnels. Après deux mois de pratique, Sophie Biba, psychologue clinicienne à l’ANPAA en Centre-Val de Loire et Jacques Leloutre, médecin à l’ANPAA en Provence-Alpes-Côte-D’azur, partagent leur expérience sur ce mode de consultation.

 


Que vous a apporté la téléconsultation pendant le confinement ?

 

Sophie Biba : « Dans le cadre du confinement, la téléconsultation a permis de garder un lien avec nos usagers. Quand on est psychologue, tout est basé sur la communication et notamment sur la communication verbale et les expressions du visage. Quand vous êtes au téléphone, ce qui a été majoritairement mon cas, toute une partie de la communication ne vous est pas accessible… La téléconsultation a l’avantage de nous donner accès au regard des usagers et réciproquement. C’est d’autant plus important que certains de nos patients manquent de contact humain, ce mode de consultation est donc un soutien essentiel pour eux. Nous avons par ailleurs maintenu un groupe de parole féminin grâce aux outils de visioconférence. Certaines usagères du groupe nous ont confié que sans ces espaces d’échanges, elles auraient sans doute consommé à nouveau ».

 


Le dispositif est-il adapté à vos pratiques professionnelles ?

 
Jacques Leloutre : « J’appréhendais surtout les entretiens de groupe parce qu’il faut être vigilant aux réactions individuelles et faire en sorte que chacun(e) puisse s’exprimer et adapter le discours ».


Sophie Biba : « Ce qui a beaucoup modifié nos pratiques, ce ne sont pas tant les moyens que le contexte. Je dirais que les quatre premières semaines, c’étaient beaucoup de consultations de soutien, de prévention, pour essayer de rassurer les gens, donc ça a été une parenthèse dans la thérapie. Ensuite, une deuxième phase d’apaisement s’est ouverte et on a pu reprendre le cours des consultations ».

 

 

Quels sont les avantages de la téléconsultation ?


Jacques Leloutre : « Quand on est dans un département rural assez vaste, il arrive fréquemment que les personnes aient une heure de voiture pour venir consulter. Pour les usagers qu’on suit chaque semaine, cela peut vite être contraignant. La téléconsultation, en complémentarité avec l’accueil physique, facilite le suivi dans ce type de situation."

 


Y a-t-il des limites ?


Sophie Biba : « En téléconsultation, les questions qu’on pose habituellement en face à face paraissent intrusives. Ce n’est pas si facile d’instaurer un contact avec des personnes qu’on n’a jamais reçues en consultation dans un bureau, c’est plus évident avec les usagers que l’on connait déjà. Il y a aussi des personnes à qui la téléconsultation ne convient pas et qui préfèrent le téléphone. Pour elles, le simple fait d’entendre une voix et d’être écoutées leur suffit et elles ne souhaitent pas montrer plus. C’est particulièrement vrai pour les adolescent(e)s que je reçois habituellement ».

 


Poursuivrez-vous ce type de consultation même hors contexte de crise sanitaire ?


Sophie Biba : "Pour moi, la téléconsultation c’est nouveau mais c’est un outil que je vais conserver en fonction des situations des usagers, de leurs besoins, de leurs possibilités pratiques. C’est un atout et un outil supplémentaire que l’on va sans doute garder. »


Jacques Leloutre : « On pourra peut-être faire un rendez-vous sur trois en présentiel et deux par vidéo, c’est une possibilité maintenant. Pour les personnes qui n’ont pas de voiture ou des problèmes de transport, je leur proposerai facilement la consultation en vidéo ».