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19 mai 2009 - Lettre ouverte à Monsieur le président de la République,Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires


8 Français sur 10 opposés à la publicité pour l’alcool sur l’Internet*

L’alcool est la substance psychoactive la plus consommée en France et la seconde cause de décès évitable. C’est un facteur de violences, d’insécurité, d’accidents et de maladies. La France est l’un des plus gros consommateurs de boissons alcooliques au monde. En réduire la consommation est prioritaire pour la santé publique.

Accroître sur Internet les possibilités de promotion de l’alcool à une époque où l’alcoolisation et l’ivresse explosent chez les jeunes est un risque de société majeur : à 16 ans, âge où se construit la personnalité, 57 % des jeunes ont un accès quotidien à Internet.

 


Internet allie la puissance de la télévision à l’interactivité et à la personnalisation de la relation avec l’utilisateur. Cette aptitude à s’adapter à l’interlocuteur est redoutable et supprime l’efficacité des mesures prétendant limiter la publicité pour l’alcool.
La proposition des députés d’exclure les sites qui apparaissent principalement destinés à la jeunesse n’est pas adaptée à la situation réelle : il n’existe aucune frontière sur Internet et les jeunes, virtuoses du surf sur la toile, s’affranchissent largement des sites qui leur sont prétendument dédiés.
A nos yeux, les solutions durables à la crise de la viticulture française résident dans des solutions concertées entre la profession et les pouvoirs publics, plutôt que dans la publicité pour l’alcool.
En réalité, ce projet de publicité sur Internet serait une arme donnée aux grands groupes industriels de l’alcool, qui sont les seuls à pouvoir se l’offrir à grande échelle pour accéder à une part croissante du marché.

Interdire la vente d’alcool aux mineurs, laisser l’alcool à la vente dans les points de vente de carburant tout en permettant la pression publicitaire auprès des jeunes est une solution ambigüe, puisque l’on ne peut vouloir une chose et son contraire. C’est un risque majeur que d’ouvrir la publicité pour l’alcool à ce média surpuissant et incontournable pour les jeunes qu’est internet. C’est un risque élevé aussi que de limiter et non d’interdire la vente dans les stations-service, parce que la mesure n’est pas réellement contrôlable. Le faire au travers d’une loi qui « a pour objet de prendre les mesures de nature à garantir la protection de la santé des jeunes » est paradoxal.

Les acteurs de la filière alcool, tout particulièrement les grands groupes industriels, n’hésitent pas à dénoncer un soi-disant hygiénisme moralisateur : pourtant, la majorité de la population souhaite maintenir sous contrôle l’usage de l’alcool, prenant en considération les efforts des familles, des acteurs sanitaires et sociaux, des éducateurs à la santé, des milieux associatifs, des élus locaux, qui tous travaillent à limiter les conséquences et les drames sanitaires et sociaux liés à l’alcool, en particulier chez les jeunes et chez leurs proches, dans leurs familles.

Devant la volonté apparente de ne pas vouloir donner suite aux propositions constructives (par exemple l’amendement 530) des associations, seul le maintien d’un interdit de la publicité sur Internet est cohérent avec les principes de la loi Evin. Cet interdit est, en outre, facile à faire respecter si les contrevenants sont sévèrement punis.
Monsieur le président de la République, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres et les parlementaires, nous demandons solennellement le maintien de l’interdiction de la publicité sur Internet et l’interdiction de la vente d’alcool dans les points de vente de carburant.
Le choix qui sera fait au terme du débat parlementaire indiquera de manière explicite dans quelle mesure la priorité des pouvoirs publics est bien de promouvoir la santé : c’est, d’une certaine manière, un choix de société qui engagera la responsabilité des pouvoirs publics, sans doute pour de nombreuses années, aux yeux de la population de notre pays. Les signataires de cette présente lettre ouverte, chacun dans leur singularité d’acteur du mouvement social exposé aux ravages de l’alcool, appellent l’ensemble de la population à interpeller leurs élus pour s’opposer à ce projet qui entretiendrait un risque de société majeur.

 


* Les Français et les mesures « alcool » du projet de loi Bachelot. Conférence de presse ANPAA du 18 février 2009. Enquête ANPAA / Ligue nationale contre le cancer / IFOP sur un échantillon représentatif de 1007 personnes âgées de 15 ans et plus.


Les signataires

  • Pr Gérard DUBOIS, porte parole
  • Association Avenir Santé France
  • Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie
  • Association nationale des intervenants en toxicomanie et addictologie
  • Automobile club médical de France
  • Comité national de liaison des régies de quartier
  • Fédération des acteurs de l'alcoologie et de l'addictologie
  • Fédération française d'addictologie
  • La mutuelle des étudiants
  • Ligue contre la violence routière
  • Ligue nationale contre le cancer
  • Société française de santé publique
  • Union française pour la santé bucco-dentaire
  • Union nationale des associations familiales
  • Union nationale des mutuelles étudiantes régionales


Et en leur nom propre

  • Dr Philippe BATEL
  • Mr Yves BUR, Député
  • Mr Claude EVIN, Député
  • Pr Claude GOT
  • Mr Jean-Marie LE GUEN, député
  • Pr Roger NORDMANN
  • Mme Anne-Marie PAYET, Sénatrice
  • Pr Maurice TUBIANA


Contacts
Pr Gérard Dubois 06 86 46 93 79
Faye Wright 01 42 33 51 04