| N° 4 - 1997 | |||
| Les premix... et après ? | |||
| Par le Dr Claudine FECAN DE KERMEL, médecin de l'Education Nationale, Paris | |||
| Chassés provisoirement des grandes surfaces, les premix ne risquent-ils pas de revenir au galop ? C'est ce qu'on peut craindre si l'on regarde ce qui se passe chez nos voisins anglais, gagnés depuis quelques années par la fièvre des alcopops et autres designer drinks. Le phénomène est malheureusement en train de toucher toute l'Europe, et nos supermarchés se voient déjà envahir par ces produits insolites, dont certains sont très chargés en alcool. | |||
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Mais revenons d'abord brièvement sur la situation créée en été 1996 avec l'apparition des premix, boissons d'un type nouveau destinées aux jeunes. |
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| Rappel | |||
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Le premix est un mélange de soda sucré et d'alcool fort titrant de 5 à 8 % en volume d'alcool, vendu sous forme de trompeuses et jolies boîtes métalliques de 25 à 35 cl, comme par exemple la cannette " whisky-cola " décorée des deux célèbres petits chiens noir et blanc. Leur conditionnement renverse le message bien connu du Canada-dry. Ils ressemblent aux sodas, mais c'est bien de l'alcool qu'ils renferment ! |
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| Boire une canette de premix revient à boire un ballon de vin rouge qui contient 12 g d'alcool. Quand on sait que le sucre contenu dans ces boissons gazeuses accélère l'effet hypoglycémiant de l'alcool, surtout quand il est absorbé à jeun, on mesure leurs dangers pour les organismes des adolescents. L'hypoglycémie peut aller jusqu'au coma. Derrière les sympathiques petits chiens, il y a probablement, sinon la rage, du moins la morsure ! | |||
| Le réel danger que représentent ces boissons d'appel concerne les plus jeunes, de 10 à 14 ans, cible non avouée des fabricants. Passé cet âge, les adolescents font eux-mêmes leurs mélanges, plus corsés, ou préfèrent les alcools forts ou la bière. | |||
| Le sondage | |||
| Afin de mesurer ce risque, nous avons essayé d'évaluer le véritable impact des premix dans trois lycées parisiens, en effectuant un sondage simplifié auprès de 450 jeunes, garçons et filles, âgés de 13 à 18 ans. C'est en équipe que l'enquête a été menée, de janvier à avril 1997, puisqu'y ont participé, avec l'accord des proviseurs concernés, les infirmières, les conseillers d'éducation et les professeurs qui ont bien voulu donner de leur temps pour distribuer et ramasser les questionnaires. | |||
| Les élèves étaient invités à répondre aux six questions suivantes : | |||
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Le dépouillement des questionnaires a tenu compte de l'âge et du sexe des répondants. |
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| Principaux résultats | |||
| Tout d'abord, en ce qui concerne les premix, plus des trois-quarts des jeunes disent connaître ces boissons, d'autant mieux d'ailleurs qu'ils sont plus âgés. Cependant, peu en boivent, seulement 10 à 15 %. | |||
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Ensuite, plus de la moitié des jeunes disent consommer des boissons du type bière, tandis qu'un jeune sur cinq consomme des vins ou des alcools forts et déclare avoir été ivre au moins une fois. Ce qui montre bien l'intérêt de la prévention dans le milieu scolaire, à l'heure où justement l'impact des médias semble plus grand que l'influence du milieu familial qui décroît dans la seconde classe d'âge (16-18 ans). |
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| Importance du milieu familial qui reste forte néanmoins puisque c'est souvent dans celui-ci et à l'occasion des fêtes et réunions diverses que l' initiation à l'alcool (et peut-être aussi au tabac) a lieu habituellement. | |||
| Effectué avec les moyens du bord et sans prétention exhaustive, ce sondage est, dans ses grandes lignes, en cohérence avec celui qui a été réalisé en mars 1996 par le Comité Français d'Education pour la Santé . Les écarts constatés peuvent être interprétés à la lumière des spécificités de l'échantillon parisien observé, majoritairement issu d'un milieu aisé. | |||
| Finalement, les premix semblent avoir obtenu un très relatif succès. Ce qui peut s'expliquer aisément par la campagne de prévention, associant médecins, alcoologues, médias, Parlement et Pouvoirs publics, dont ils ont fait l'objet. | |||
| Une vive réaction | |||
| Depuis trois ans, mais, dans les faits surtout depuis l'été 1996, les producteurs de premix, en majorité issus des pays anglo-saxons, ont tenté de pénétrer le marché de la jeunesse française. Pour cela, ils ont exploité d'une part les failles existant dans le dispositif législatif et réglementaire où ces boissons ne ressortissent à aucune catégorie répertoriée, d'autre part la vulnérabilité d'une jeunesse séduite par l'image " branchée " de ces boissons manifestement conçues pour elle. | |||
| La réaction du corps médical, des médias, du Parlement et des pouvoirs publics a été rapide, énergique et finalement efficace. Tous ces acteurs ont fait front commun, pour des motivations différentes, afin d'étouffer le mal dans l'œuf. Le moyen le plus décisif a été la taxation des premix qui a renchéri leur prix dans des proportions significatives. " Aujourd'hui, le concept des mélanges alcoolisés, dits premix, est mort-né en France avec des taxes de 15 francs par litre ! ", s'exclame le directeur général d'une grande marque de whisky. | |||
| Le succès de la bataille contre les premix trouve ses raisons profondes dans l'émotion qu'a suscité dans l'opinion l'irruption d'un produit alcoolisé spécifiquement destiné à fidéliser - à quel coût pour la santé publique ! -les plus jeunes. Mais, dans un pays comme la France où l'alcool pèse lourd dans la balance économique, il y avait aussi probablement d'autres motivations moins généreuses et plus commerciales pour limiter l'introduction sur le marché de nouvelles boissons étrangères. | |||
| Les médias ont largement contribué à souligner les dangers des premix. Tel fut le cas par exemple du Parisien qui, en juillet 1996 s'indignait de la " défonce à l'alcool de la jeunesse ". En septembre. le Monde titrait " Haro sur les boissons premix ! " . D'autres quotidiens ne se sont pas payés de mots pour dénoncer " les pièges sucrés " censés rafraîchir (" à boire très frais ! ") au plus fort de l'été. | |||
| Les Parlementaires, à défaut d'interdire les premix et de réaménager le Code des débits de boissons, ont finalement décidé de taxer ces boissons alcoolisées et sucrées dans l'article 29 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 1997, à raison de 1,5 F par décilitre. Cette taxe étant reversée à la Caisse nationale de l'assurance maladie. | |||
| Les pouvoirs publics et le ministère de la Santé ont aussi largement contribué à la prise de conscience du nouveau problème que posaient les premix. A cet égard, ils ont sollicité l'avis du Conseil supérieur d'hygiène publique. Cependant, la mise en application par voie de décrets et de règlements demeure une tâche longue qui se poursuit et qui devrait logiquement conduire, non seulement à réformer le Code des débits de boissons, mais aussi à appliquer strictement la législation concernant la protection des mineurs contre l'alcool. Au pays du bien manger et du bien boire, il sera toujours difficile de ne pas tenir compte de la réelle dimension économique et sociologique de l'alcool. Le débat actuel autour de la publicité pour l'alcool lors de la prochaine Coupe du monde de football met en évidence le poids des lobbies alcooliers impliqués ainsi que des limites d'un exercice de réglementation national et international très strict. Il faut aussi, pour que la prévention soit efficace, que les pouvoirs publics y mettent toute leur autorité, au nom d'un devoir général de santé et d'hygiène publique. Ce devoir, de plus en plus, interpelle l'ensemble de la communauté européenne. | |||
| Quelles conclusions ? | |||
| Tout d'abord la bataille contre les premix a été provisoirement gagnée. Ce qui montre qu'il est toujours possible de réagir et que, jusqu'à nouvel ordre, le marché ne dicte pas encore sa loi. Mais aussi que la vigilance est plus que jamais nécessaire à l'égard des nouveaux modes d'alcoolisation. Il suffit d'observer, aux alentours de nombreux établissements scolaires entre autres, le nombre de boîtes de bière jetées sur le caniveau pour comprendre que le phénomène des alcools à dégoupiller n'est pas encore enrayé. Or certaines de ces bières avoisinent, voire dépassent, les 10°, et constituent un danger d'autant plus grand que, bien souvent, les jeunes n'en ont même pas conscience et les consomment comme des bières à 5°. . | |||
| Au sein de l'Éducation nationale, la lutte contre l'alcool est aujourd'hui une priorité que nul ne peut discuter, objectivée par les récentes enquêtes qui ont montré que 42 % des jeunes Français de 12 à 18 ans en consomment. Néanmoins, lorsqu'on interroge ces jeunes sur les thèmes de prévention qui les intéressent le plus, la sexualité vient en premier lieu, suivie par les drogues. | |||
| Il est vrai que la consommation d'alcool banale, quotidienne, ancrée dans les moeurs en France, fait qu'on en sous-estime les dangers | |||
| La circulaire ministérielle parue au Journal Officiel du 17 avril 1996 nous dit que " les séquences d'éducation à la sexualité doivent être obligatoires pour atteindre les élèves..., inscrites dans l'horaire global annuel des élèves..., organisées en petits groupes de 10 à 15 élèves..., prises en charge dans l'établissement par des personnels formés au cours de stages appropriés qui devront intégrer des connaissances d'ordre biologique, socio-culturel, psychologique, juridique, et des réflexions d'ordre éthique ". Les séquences seront réservées en priorité à toutes les classes de quatrième et de troisième des collèges et des lycées professionnels, à raison de deux heures au minimum sur l'année. Les objectifs de ces séquences sont, entre autres : | |||
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| Ces objectifs fixés par la nécessité de lutter contre l'épidémie de Sida ne doivent pas faire oublier la prévention de l'alcoolisation dont nous parle la circulaire du 31 mai 1996 intitulée " Les jeunes et l'alcool " , puisque les chefs d'établissement doivent, avec l'aide des enseignants, " accorder à ce thème la place qui lui revient dans le cadre des programmes " et que les médecins et les infirmiers sont invités à mettre en place "les actions d'Éducation destinées à informer et à développer le sens des responsabilités des élèves face au risque représenté par l'alcool ". | |||
| La Santé Scolaire a donc incontestablement un rôle à jouer. Ce rôle, sur lequel s'interrogent et nous interrogent parfois collégiens et lycéens, tourne autour d'une prévention large, visant le bien-être et la responsabilité, et pas seulement l'évitement des conduites à risque. | |||
| Au cours de l'année 1996-1997, nous avons convié des animatrices de l'Association Nationale de Prévention de l'Alcoolisme qui sont intervenues à plusieurs reprises dans l'établissement. Nous avons pu constater le bien-fondé de ces interventions et mesuré combien elles mériteraient d'être à l'avenir programmées sur une ou deux années scolaires. | |||
| Cette année, nous avons mis en place dans les établissements concernés par notre sondage un projet global qui s'établira à partir de questions libres posées par les jeunes eux-mêmes et qui tentera d'éduquer chacun et chacune au respect de soi, de l'autre et à la responsabilité évoqués ci-dessus et bases de toute prévention. | |||